Le yoga devient obligatoire dans des écoles indiennes

Le yoga devient obligatoire dans des écoles indiennes

L’État le plus peuplé d’Inde imposera la pratique du yoga à des dizaines de millions d’élèves à la rentrée prochaine. Le parti nationaliste hindou, au pouvoir dans le pays, ne cache pas son intention de répandre cette initiative partout. Depuis 2014, il y a même un ministre du Yoga. Mais derrière les nobles intentions pour la santé physique et spirituelle des enfants, il s’en cache d’autres.

Un texte de Thomas Gerbet, correspondant en Inde.

Ça ne s’invente pas. Le nouveau ministre en chef de l’Uttar Pradesh se prénomme Yogi. C’est lui, Yogi Adityanath, qui a annoncé le 7 avril une directive pour imposer le yoga dans toutes les écoles publiques de la province pour les enfants de 6 à 14 ans. Des cours d’autodéfense seront également obligatoires pour les filles.

Un jeune garçon accompagne sa mère lors d’une séance de yoga, à Bangalore, en Inde.   Photo : Courtoisie Total Yoga

Le yoga devrait être obligatoire et faire partie du curriculum de toutes les écoles primaires et secondaires du pays. Il s’agit de promouvoir le développement holistique de la personnalité des élèves.

PJ Kurien, vice-président de la Chambre haute du parlement indien

Le yoga ne remplacera pas les cours d’éducation physique, mais s’y ajoutera. Le nouvel homme fort de l’État le plus important d’Inde est un ancien prêtre hindou. Par cette mesure, il réalise ainsi le rêve de son parti, le BJP, au pouvoir en Inde depuis 2014, et de son premier ministre Narendra Modi, un végétarien adepte du yoga.

Le premier ministre indien Narendra Modi ne se bouche pas le nez à cause de la pollution. Il pratique plutôt une position de yoga devant 35 000 personnes à New Delhi, le 21 juin 2015, à l’occasion de la première Journée mondiale du yoga de l’ONU qu’il a lui-même initiée. Photo : Getty Images

L’Inde est le berceau de la discipline, et le premier ministre du pays Narendra Modi y a trouvé une façon de faire rayonner la culture indienne dans le monde. À moins qu’il ne s’agisse de la culture hindoue… La nuance est importante et se retrouve au coeur d’une controverse.

La minorité musulmane de l’Inde, qui représente 13 % de la population, s’oppose depuis plusieurs années à ce que le yoga devienne obligatoire dans les écoles publiques laïques que fréquentent leurs enfants, y voyant l’imposition d’une pratique d’inspiration religieuse hindouiste.

Les minorités religieuses et les intellectuels laïques dénoncent depuis plusieurs mois la tendance de plus en plus visible du gouvernement Modi à favoriser la culture hindoue. La crise politique et religieuse récente à propos de la consommation de boeuf en est le dernier exemple.

Shripad Naik, ministre indien responsable de l’Ayurveda, du Yoga et de la Naturopathie. Photo : Reuters/Anindito Mukherjee

Le gouvernement de l’Uttar Pradesh s’est défendu de vouloir « hindouiser » les minorités. « Les gens tentent de créer de la confusion. Le yoga n’appartient à aucune religion. Nous voulons juste garder tout le monde en santé », a déclaré le ministre de l’Éducation Dinesh Sharma.

Le monde entier adopte le yoga. Même le Pakistan et les pays arabes le pratiquent.

Dinesh Sharma

L’opinion d’un professeur de yoga

Manish Pole enseigne le yoga depuis plus de 10 ans à des enfants de Bangalore, dans le sud de l’Inde. Photo : Radio-Canada/Thomas Gerbet

L’enfance est la période idéale pour commencer le yoga, selon Manish Pole qui l’enseigne à des petits garçons et à des petites filles depuis des années dans son association Total Yoga de Bangalore, dans le sud du pays.

« On s’est rendu compte que les enfants, en général, avaient beaucoup plus de concentration que les adultes. Une fois que la puberté survient, on perd de la concentration. Beaucoup d’entre nous sont attirés par le yoga plus tard dans la vie, pour justement rester concentrés. Donc, c’était intéressant d’expérimenter un entraînement des enfants dès le plus jeune âge, après 6-7 ans », soutient-il.

« Le yoga est bon pour les enfants, dit-il, car de nos jours, eux aussi sont très stressés. On reçoit des appels de parents qui voudraient que leurs enfants fassent de la méditation parce qu’ils ne sont pas concentrés à l’école. On leur répond : « C’est plutôt vous les parents qui devriez suivre un cours, car vous mettez trop de pression sur vos enfants. » »

Malgré tous ces avantages qu’il énumère, il ne pense pas qu’imposer le yoga dans les écoles soit une bonne idée.

« On a déjà l’éducation physique. Est-ce que le yoga est mieux que ça? La réponse est oui. Mais est-ce que le yoga doit être enfoncé dans la gorge des enfants? Non. Pratiquer le yoga, ça doit venir de sa propre volonté. L’appel du yoga survient quand vous voulez ralentir dans la vie. »

Une petite fille accompagne sa mère à une séance de yoga, à Bangalore, en Inde.   Photo : Courtoisie Total Yoga

Quelques écoles du Québec offrent des séances de yoga aux élèves. C’est aussi une pratique très répandue en Californie, où d’ailleurs les cours de yoga à l’école ont fait l’objet d’une plainte d’avocats américains dénonçant l’« intrusion » de « croyances religieuses [hindoues] » dans les écoles.


Translate »

Join event