UNE INTERVIEW DE KUSUM MODAK

Vous vous êtes vous-même consacrée à travailler avec des milliers de personnes, donnant des cours, des formations, leur donnant l’inspiration.

Que signifie «Ayurveda» signifie pour vous ? 

L’Ayurveda est une vaste science ; c’est une science séculaire. Vous savez, le Yoga, l’Ayurveda, le langage Sanskrit – ils datent de 5-6000 ans. Ce que je partage avec mes élèves, on peut dire que c’est juste une branche de l’Ayurvéda. Je ne veux pas dire que je sais beaucoup de choses, parce que je me suis concentrée uniquement sur le côté thérapie du travail.

Selon l’Ayurveda, zéro stress dans le corps est le corps le plus sain. Et qu’est-ce que cela signifie – zéro stress ?

Cela signifie que vous faites un peu attention à votre alimentation, à vos exercices, que vous buvez beaucoup d’eau, que vous essayez d’être heureux, de rire beaucoup … (rires) Et la chose la plus importante est  – soyez conscient de votre respiration. Mais, dans les temps modernes, nous courons avec le temps : il est 13 heures  – je dois faire ceci ; il est 14 heures – je dois faire cela. Vous comprenez ce que je veux dire ? Mais si vous gardez un peu de temps pour vous-même, alors vous ferez face à très peu de problèmes avec votre corps – c’est le corps le plus sain.

Où avez-vous entendu parler de zéro stress et du corps ? 

Une de mes amies de yoga n’allait pas très bien, elle voulait se renseigner sur certains massages, toute chose additionnelle susceptible de l’aider. Ma mère m’avait dit pourquoi ne l’amènes-tu pas à M. Limaye. Il était très connu dans ce domaine. Quand je l’ai rencontré, il était déjà âgé de 82 ans. Il avait l’habitude de commencer son travail à 6 heures du matin pour traiter des patients avec différents problèmes – problèmes de genou, problèmes articulaires, problèmes de dos, problèmes d’estomac … J’ai expliqué à mon amie qu’il veut l’aider, pouvez-vous  venir le matin à 6 heures. Et puis il m’a regardée et a dit : « Et vous ? – où habitez-vous, quel est votre nom ? » C’était un géant avec sa profonde connaissance du corps et tout ça. Donc, je me suis présentée : je venais juste de terminer mon diplôme en Arts, j’étudiais au Fergusson Collège,  je vivais avec ma mère, et j’avais malheureusement perdu mon père il y a quelques années.  Et il a dit : « D’accord, j’ai tout entendu, êtes-vous intéressée à apprendre cette pratique ?  ». J’ai dit: « Oh, mais je ne connais rien en anatomie, rien sur… » Il m’a dit : « S’il vous plaît dites-moi – oui ou non  ».   J’ai dit  « Oui » … Je tremblais littéralement. Et il m’a dit : « Bon alors, venez demain avec votre amie ».

Voilà comment j’ai commencé. J’avais l’habitude de l’appeler Ajoba, ce qui signifie grand-père. Pendant plus d’un an je n’ai jamais osé lui poser une seule question. J’avais l’habitude d’aller le voir, de m’asseoir dans un coin et de le regarder travailler – comme ça. Un jour, tout d’un coup, il m’a dit : « Venez ici ! ». J’ai dit « OK ». Une femme avait un problème, et il m’a dit : « Commencez à travailler sur elle ». J’ai dit : « Mais Ajoba, je ne connais rien…». Et il m’a dit : « Vous perdez votre temps, votre énergie, mon temps, mon énergie…? Vous venez depuis plus d’un an, vous restez assise dans votre coin, et vous  regardez le mur ou autre chose ? Vous devez commencer. Commencez à travailler sur elle, je vous regarde ». J’ai dit à cette femme : « S’il vous plaît, si je fais quelque chose qui ne va pas, dites-le moi immédiatement »  C’est mon histoire, littéralement ceci est mon histoire. Et alors il fut heureux. Malheureusement, après cela, il  tomba malade. La dernière fois que je suis allée le voir, il m’a dit : « Je suis très heureux avec tout ce que vous avez appris et je suis sûr que vous allez vous épanouir dans cet art ». Comme ça. Et puis il a commencé à m’envoyer quelques personnes locales, « Allez voir Kusum, allez voir Kusum ».

Le Yoga Massage ayurvédique ne comprend-t-il beaucoup d’étirements de yoga? 

Quelqu’un d’autre fait tout le travail pour vous – le yoga pour l’homme paresseux, le nec plus ultra. Si je pouvais avoir ça que tous les jours, je serais très heureux… Vous ne pouvez pas juste vous détendre, vous étendre ; puis je commence à travailler sur vous. Cela ne marche pas comme ça. Vous devez prendre conscience et alors seulement vous sentirez quelque chose changer dans votre corps. Puis, vous suivrez une ou deux séances, ce qui fait partie de  notre processus d’apprentissage – afin de voir le problème qui ne va pas chez vous, l’oppression, la tension. Alors, nous saurons comment aller de l’avant. Après l’échauffement de votre dos, peut-être vais-je trouver quelque chose dans la colonne thoracique, la colonne vertébrale supérieure ; je vais sentir des écarts, des trous – vous pouvez avoir à venir  plusieurs séances pour sentir la différence. Ensuite, je vais certainement vous demander de supporter une certaine douleur, et je vais apporter plus de pression pour ouvrir les écarts. Les vertèbres ne sont rien d’autres que la structure osseuse, et lorsque deux os commencent à appuyer l’un sur l’autre – le frottement commence. Et lorsque le frottement commence, votre douleur commence ; parce que nous vieillissons tous n’est-ce-pas ? Chaque jour, nous nous rapprochons de  notre dernier soupir. Toutes les cinq minutes, je dis à mes patients d’être conscient de leur respiration, de garder les yeux ouverts, de supporter une certaine douleur ; alors vous viendrez me dire : « Oh, vous m’avez fait supporter une certaine douleur, mais je me sens un peu mieux ». Ce n’est pas le travail d’un homme paresseux.

En réalité, vous augmentez leur prise de conscience… 

La personne qui reçoit le travail et la personne qui fait le travail – ils sont tous deux pleinement conscients de ce qu’ils font et de ce qu’ils reçoivent. Pour moi, je suis désolée, s’il vous plaît ne pensez pas que j’exagère, mais pour moi, ce travail n’est rien que de la méditation. Au moment où je touche votre corps, là c’est totalement vide. (gestes vers sa tête) Au moment où je rentre dans la pièce, pour enseigner ou partager avec mes élèves, là c’est totalement vide (nouveaux gestes vers sa tête). Donc pour moi, c’est la meilleure voie de méditation.

Vous avez passé 20 ans avec Shri B.K.S. Iyengar, comment cela vous a-t-il enrichi ? 

Ma santé n’était pas bonne,  j’avais beaucoup de problèmes physiques,  j’étais une fille très faible, ma colonne vertébrale était comme ça, ma respiration était mauvaise, et mon système immunitaire était très faible. J’avais essayé beaucoup de choses différentes, mais rien ne m’a aidée. Puis j’ai pensé à une dernière chose que je voudrais essayer de faire – c’est le Yoga. Donc, je me suis inscrite à l’Institut de Yoga Iyengar Ramamani,  je dois beaucoup à mon respecté Guruji BKS Iyengar pour ce que j’ai aujourd’hui. Je n’enseigne pas le yoga ou quoi que ce soit, ce n’est pas mon domaine. Je le fais juste pour avoir une bonne santé. J’ai commencé à aller à l’Institut – une fois, deux fois par semaine ; lentement, lentement j’ai commencé à avoir une meilleure santé. Je pouvais le sentir, ma posture devenait bonne, et mon appétit et ma respiration ont commencé à être bien meilleurs. Maintenant, vous en avez l’exemple en face de vous. Je suis une femme de 69 ans …

Et vous êtes superbe … Merci. Comment avez-vous commencé à incorporer le yoga avec le massage? 

Par exemple, quelqu’un vient avec un sévère problème de dos ; et alors je dirais peut-être que je vais essayer d’utiliser mon pied pour accentuer la pression, peut-être voudrais-je essayer cet étirement pour voir comment elle ou il se ressent cela. Et la prochaine fois que le patient/le client viendront,  ils diront : « Oh, je me sens un peu mieux après ce que vous avez fait. Lorsque vous faisiez le travail, j’ai eu un peu mal, mais je me sens un peu mieux après cela ». Alors j’ai compris que cet étirement était bon pour ceci, que cette pression était bonne pour cela. C’est ainsi que j’ai développé ce travail. Le travail que je partage avec tous mes étudiants – personne ne m’a appris. Tous mes clients sont mes livres. Je déteste étudier,  lire des livres, et ceci et cela. Je dis toujours qu’ils sont mes livres ; avec eux j’ai appris beaucoup, beaucoup de choses. Depuis que j’ai commencé à travailler, je n’ai jamais regardé en arrière.

Pourquoi utilisez-vous étirements et exercices de respiration? 

Parce que, lorsque nous essayons de faire un étirement, c’est un travail plus intense pour vous ; et, si vous retenez votre souffle, au lieu d’ouvrir le corps – vous essayez de résister à mon travail. Donc, vous devez être pleinement conscient de votre respiration pour m’aider. Par exemple, vous faites l’étirement  avec peur ou tension, ne sachant pas ce qui se passe avec votre corps ; alors si je retiens mon souffle, au lieu d’avoir de bons résultats, vous obtiendrez de mauvais résultats de ma part ; parce que je ressens des sensations étouffantes dans mes poumons. Donc, la respiration est la chose la plus importante ; surtout lorsque nous faisons un travail en profondeur. Quand les patients  reviennent après quelques séances, ils disent : « Je n’ai plus envie de fumer, je n’ai plus envie de boire ». Parce que, quand votre corps est sain, votre esprit est sain – votre vie est plus heureuse ; de telle sorte que vous n’éprouvez pas le désir de recourir à des à-cotés secondaires, de faire toutes ces choses.

Que sont les trois humeurs, Kapha, Vata, Pitta, et comment travaillez-vous avec elles? 

Kapha, Vata, Pitta sont des éléments que nous avons tous en nous, et, selon ma propre compréhension des choses, si un des éléments est en baisse, votre énergie descend, puis vous ressentez la tension, puis vous ressentez la douleur. Donc, avec notre travail complet sur le corps, avec la stimulation des organes, du corps, des articulations, des muscles, nous essayons de tout équilibrer. Vous pouvez venir avec un problème de dos, mais nous ne nous concentrons pas seulement sur votre dos ; parce que vous devez ressentir le travail complet du corps. Alors seulement cela vous aide. Et nous gardons toujours le problème à l’esprit. Parce que chacun a des problèmes différents, nous gardons donc ce problème à l’esprit ; nous commençons d’abord par le travail sur la colonne vertébrale, parce que la colonne vertébrale est la base de notre travail. Si vous venez avec un problème au genou, je ne commencerai jamais par le genou, ou mes étudiants ne commenceront jamais par le genou. Nous devons d’abord réchauffer votre colonne vertébrale, plus tard  nous nous concentrerons sur le genou. La séance commence par la colonne vertébrale et se termine par les yeux. Aussi bien derrière que devant. Nous ne travaillons jamais uniquement sur la zone à problème.

Traditionnel Yoga Massage Ayurvédique – est-ce un terme que vous avez inventé ou existait-il déjà ? Comment votre système diffère-t-il du massage traditionnel? 

Parce que nous utilisons beaucoup d’étirements pour le corps, non? Cela vient du Yoga. Si vous allez à Kerala, ils le font avec beaucoup d’huile, et juste le travail du corps. Mais, selon mon expérience, après échauffement de votre corps, quand nous essayons de faire de petits étirements, les progrès sont plus faciles. C’est pourquoi nous appelons cela Ayurvédique Yoga Massage traditionnel. Jusqu’à aujourd’hui, pour quiconque veut venir à moi pour apprendre cet art, je suis ouverte à cela. Mais je ne fais jamais aucune sorte de publicité, parce que je crois que le bouche-à- oreille est une bien meilleure façon.

Est-ce que le massage est spécifique selon l’individu? 

Oui, bien sûr. Si le patient est très chronique, vous ne pouvez pas faire beaucoup de travail soutenu lors de la première ou deuxième session. Laissez-le ressentir une certaine ouverture, laissez-le prendre conscience de sa respiration, puis plus tard, vous pouvez aller plus loin.

Mélangez-vous des huiles avec de la poudre ? Quel genre de poudre ? Quelles huiles utilisez-vous? 

Nous utilisons une huile pure, quelque soit l’huile disponible, c’est-à-dire huile de sésame, huile d’arachide, huile de tournesol, huile d’amande ; l’huile d’olive est aussi très bonne. Nous n’utilisons jamais de l’huile de noix de coco pour le massage du corps parce que cela n’est pas bon pour la peau ; c’est seulement bon pour les cheveux. Et la poudre que nous utilisons est appelée « vaikhand » ; en anglais, « calamus ». C’est une racine et c’est très bon pour la circulation sanguine ; elle fait sortir les toxines du corps, elle stimule la circulation sanguine et elle est antiseptique. Vous pouvez obtenir la racine de Calamus dans les magasins ayurvédiques.

Je faisais une recherche Google sur « Kusum », « Yoga Massage Ayurvédique » ; des sites et blogs de très nombreuses personnes vous ont attribué le titre de Guru dans cet art. Il n’y a absolument aucune information sur vous, mais vous êtes partout … 

C’est ce que j’ai dit ; je suis une personne discrète. Même dans  l’ashram, de nombreux thérapeutes ont appris ce travail de moi, beaucoup d’entre eux. Un de mes étudiants, Taruna, donne des cours à l’ashram. C’était mon élève il ya 4-5 ans. Quelques médecins ont également suivi mes cours. L’histoire de l’ashram est aussi très intéressante. J’étais allée à l’Institut de Yoga pour quelque chose comme vingt ans. Lorsque Osho est revenu des États-Unis, un ami de yoga était à une fête dans Koregaon Park ; et il parlait de moi à certains de ses amis. Une dame allemande, qui l’écoutait, a dit qu’elle voudrait essayer de travailler un peu avec cette personne dont il parlait. Qui est-ce ? Et il a dit que c’est son amie de Yoga, Kusum, qui fait un travail sur le  corps,  un travail très soutenu ; mais qui contribue énormément à faire du yoga plus facilement, et vous rend plus conscient du corps physique aussi. Elle a demandé mon numéro, mais à l’époque je n’avais pas de téléphone, rien. Alors il lui a donné mon adresse. Et un jour, elle est venue. Ma maman a dit: « Quelqu’un te cherche ». Cette femme est venue et a dit : « J’ai entendu parler de vous, je voudrais essayer votre travail ». Et puis comme elle, trois, cinq, vingt sont venus … juste comme ça. Selon moi, votre Maître Osho est l’homme du siècle, je le respecte beaucoup,  j’aime sa compréhension ; j’aime tout.

Que pensez-vous des nouvelles façons de vivre dans la société, où les gens sont de moins en moins en contact avec leur corps ? 

Si vous dites à une collégienne indienne que je n’ai pas de table à manger, que vous devez vous asseoir par terre pour manger, comme nous le faisions autrefois dans les temps anciens. Elle dira : « Oh, j’ai du mal à m’asseoir », ce qui est une réflexion très inquiétante. Je ne veux pas dire que tout ce qui est moderne est mauvais, et que  tout ce qui est ancien était bon. Mais nous essayons de prendre le chemin du milieu ; nous essayons de garder un équilibre entre les deux. Nous devons accepter de nouvelles choses, et nous devons aussi accepter certaines choses anciennes. Pourquoi n’écoutez-vous pas votre propre esprit ? Pourquoi n’écoutez-vous pas votre propre sentiment ? La plupart du temps, nous suivons la société. Beaucoup de gens me demandent : « Vous vous sentez à l’aise en sari ? Vous faites les massages en sari ? Vous enseignez ce travail en  sari ? ».  Je me sens très à l’aise avec mon sari, je suis très heureuse. Je suis une femme très traditionnelle, et je suis très heureuse – c’est la façon dont je suis. Je dois dire que vivre en Inde, ne pas se marier, faire ce travail avec des hommes et des femmes ; tout le mérite en revient à ma maman, parce qu’elle était un pilier derrière moi. (des larmes coulent tandis que sa voix vacille). Sinon, je n’aurais pas été capable de faire tout cela. Elle ne m’a jamais forcée à me marier, elle ne m’a jamais jamais, pas une seule fois, demandé quel travail je fais, ou si je suis heureuse comme ça. Donc, tout le mérite lui revient, elle était un pilier très solide derrière moi. Elle me manque beaucoup.

J’ai entendu dire que votre travail est très structuré ; il couvre toutes les parties du corps de façon systématique. C’est une fois que vous avez eu ce genre de massage, avec un autre style, que vous sentez la différence, vous avez partagé quelque chose d’incroyable avec tous vos élèves, qui le transmettent partout dans le monde … 

Je suis très heureuse et contente que mes étudiants soient en plein essor. Je ne fais juste qu’une goutte du travail, mais je suis très heureuse avec ce que j’ai réussi un peu à développer. Et pour être très honnête avec vous, maintenant, à mon âge, j’ai fait beaucoup de travail, des séances individuelles également. Or, à ce stade, je tiens à transmettre autant que je peux. Depuis les temps anciens, il y avait encore beaucoup de secrets que nous ne connaissons pas. Cela se transmettait seulement au sein de la famille. Tu es mon fils, tu es ma fille ; et je transmets seulement à vous, pas aux autres. Tant de secrets cachés sont encore cachés. Mais ma pensée va dans l’autre sens. Jusqu’à aujourd’hui,  je pense que cela pourrait être une bonne chose, je me sens mal à l’aise jusqu’à ce que je puisse transmettre à mes élèves, parce qu’il n’a aura peut-être pas de prochaine fois. Vous voyez ce que je veux dire ? C’est pourquoi j’ai toujours voulu transmettre mon savoir. C’est pourquoi tous mes amis, mes élèves plus âgés, disent que pas un seul de vos ateliers n’est le même, ce n’est pas monotone. Chaque fois que quelque chose se passe, je le transmets.

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